Un webinaire animé par l’Expert Sohaing Tayou André pour renforcer la compréhension des obligations réglementaires et accompagner les cabinets dans leur mise en conformité.
Dans le cadre de ses actions de formation et de sensibilisation de ses membres, l’Ordre National des Experts-Comptables du Cameroun (ONECCA) a organisé, le vendredi 30 octobre 2026, un webinaire spécialisé consacré au thème : « Comprendre les exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux (LBC) ».
Cette rencontre, organisée en visioconférence de 11h00 à 12h07 (heure du Cameroun), a enregistré un pic de participation de 79 personnes connectées simultanément. Elle était animée par l’Expert Sohaing Tayou André, vice-président de l’ONECCA en charge des affaires techniques, sous la modération de Monsieur Richard Tina.
Un contexte réglementaire qui appelle à une mobilisation des professionnels
Cette session de formation intervient dans un contexte marqué par le renforcement du dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme dans la sous-région CEMAC.
Les échanges ont notamment porté sur le Règlement n° 02/24/CEMAC/UMAC/CM du 20 décembre 2024, qui vient renforcer le cadre réglementaire communautaire et les obligations applicables aux professions exposées.
L’intervenant a rappelé l’importance de la mobilisation de l’ensemble des acteurs de la chaîne économique, notamment les experts-comptables, les conseils fiscaux et les autres professions assujetties, afin de contribuer aux efforts engagés par le Cameroun pour sortir de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI).
Le maintien du pays sur cette liste représente en effet un enjeu important pour son attractivité économique et son accès aux financements internationaux.
Les obligations des experts-comptables au cœur des échanges
Une attention particulière a été accordée aux responsabilités des cabinets d’expertise comptable dans la prévention et la détection des opérations susceptibles d’être liées au blanchiment de capitaux.
Parmi les principales obligations présentées figurent :
- La connaissance du client (KYC) : identifier et vérifier l’identité du client, comprendre son activité et connaître l’objet de la relation professionnelle.
- L’identification du bénéficiaire effectif : déterminer la personne physique qui détient réellement le contrôle ou bénéficie économiquement d’une entité.
- L’évaluation des risques : apprécier le niveau de risque associé à chaque client et adapter les mesures de vigilance en conséquence.
- La vigilance continue : surveiller les opérations et identifier les transactions inhabituelles ou incohérentes.
- La conservation des documents : assurer la traçabilité des vérifications et des diligences effectuées.
- La déclaration de soupçon : transmettre les informations relatives aux opérations suspectes conformément aux obligations réglementaires et dans le respect de la confidentialité.
L’approche fondée sur les risques a également été développée. Elle distingue trois niveaux de vigilance : simplifiée pour les situations à faible risque, standard pour les risques normaux et renforcée pour les situations présentant un risque élevé.
Les participants ont par ailleurs été sensibilisés aux principaux signaux d’alerte, notamment le refus de fournir des justificatifs, les flux financiers incohérents, les paiements importants en espèces et les montages juridiques complexes.
Déclaration de soupçon : responsabilité et confidentialité
La question de la déclaration de soupçon a constitué un point important des échanges.
L’intervenant a rappelé qu’une telle déclaration ne constitue pas une accusation portée contre un client, mais une transmission d’informations à l’autorité compétente, chargée d’apprécier les suites à donner.
La responsabilité du professionnel signataire a été soulignée, de même que la nécessité de documenter les diligences effectuées au sein des cabinets.
Les préoccupations relatives à la confidentialité et à la protection des professionnels déclarants ont également été abordées. À cet effet, des travaux sont en cours avec la structure nationale compétente afin de sécuriser les modalités de transmission des déclarations de soupçon. La possibilité de mettre en place un canal de transmission anonyme figure notamment parmi les pistes à l’étude.
Des mesures concrètes pour accompagner les cabinets
Au-delà des rappels réglementaires, ce webinaire a permis de dégager plusieurs actions destinées à accompagner les membres de l’Ordre dans la mise en œuvre effective de leurs obligations.
Parmi les principales mesures envisagées figurent :
- La diffusion d’un questionnaire de profil de risque auprès des membres de l’ONECCA, en vue de préparer le rapport attendu par la structure nationale compétente.
- L’organisation de séminaires pratiques à Douala et à Yaoundé sur la réglementation CEMAC de 2024, avec la participation envisagée de la NIF.
- La mise à disposition d’une matrice Excel sous forme de checklist et de tableau de bord pour faciliter l’identification des clients, l’évaluation des risques et la documentation des diligences.
- La mise à jour de la norme anti-blanchiment de l’ONECCA afin de l’adapter aux nouvelles exigences réglementaires.
- La réalisation de contrôles sur place auprès des membres assujettis ou présentant des risques particuliers.
- La création d’un espace documentaire dédié sur le site internet ou l’espace membre de l’Ordre, pour centraliser les guides, outils et supports de formation.
- Le renforcement de la formation et de la sensibilisation des collaborateurs des cabinets.
Ces actions mobiliseront les différentes instances et sous-commissions de l’ONECCA, en coordination avec les structures compétentes.
Un engagement renouvelé de l’ONECCA en faveur de la conformité
À travers cette initiative, l’ONECCA réaffirme son engagement à accompagner ses membres face aux évolutions réglementaires et aux exigences croissantes en matière de conformité.
La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ne relève pas uniquement d’une obligation réglementaire. Elle constitue également un enjeu de responsabilité professionnelle, de protection du système financier et de préservation de la crédibilité des institutions économiques.
Ce webinaire marque ainsi une étape importante dans le processus de sensibilisation et d’accompagnement des experts-comptables camerounais. Les prochaines étapes porteront notamment sur la mise à disposition des outils pratiques, l’organisation des formations complémentaires et le renforcement du dispositif de contrôle et de suivi.
L’ONECCA entend ainsi poursuivre la mobilisation de ses membres afin de faire de la conformité et de la vigilance professionnelle des piliers essentiels de l’exercice de l’expertise comptable au Cameroun.
